Une go "choco" à Abidjan!

vendredi 9 mai 2014

#2 Accident de voiture à Abidjan - Y'a agent de constat et puis y'a agent

Ma Choupinette et moi avions été victimes d'un accident causé par un chauffeur de camion malhonnête. Complètement novice en matière d'accident (oui, j'ai compris que ce sujet pouvait faire l'objet d'une formation en ce qui concerne le contexte ivoirien), j'ai essayé tant bien que mal de me sortir de ce pétrin. Mais vraiment... Ce n'est pas facile!


Le carrefour grouillait de monde. Gbakas*, Wôrô-wôrô* et tout type de véhicules s’engouffraient dans le goulot d’étranglement qui servait de carrefour. J’ai manqué de me faire écraser à plusieurs reprises. (Les gens sont fous !)
Me sentant un peu isolée, je décide d’appeler un ami pour me sortir de cette zizanie. « T » arrive enfin ! (Prononcez « ti ». De temps en temps je l’appelle « Thé à la menthe », c’est son nom de caresse*, comme on dit chez nous. Pourquoi « Thé à la menthe ? » Parce qu’il digère bien tout type de situations compliquées ! Il était donc la personne appropriée pour ce genre de situations.)
Le chauffeur du camion a été aussi rejoint par un de ses acolytes qui était moins vindicatif que lui, mais tout aussi… (comment dire ?) … Local.

L’acolyte: Ma chérie, tu ne vas pas appeler agents de constat à cause de petit phare qui est cassé là ? Ca là non keh hein*, si ça a trop coûté là c’est 15 000F CFA, c’est tout ! On peut gérer ça entre nous non ?
Moi: Quand tu me regardes là, je ressemble à ta chérie ? (Je me jouais les binguistes). De un, ton ami n’a pas l’air de vouloir gérer ça à l’amiable. De deux, ce n’est même pas moi qui ai appelé l’agent constatateur, c’est le policier. Si le chauffeur ne l’avait pas énervé, on serait en train de discuter pour trouver un compromis.
Le chauffeur: Laissons la. Parlons plutôt à son ami. Femme, c’est pas l’homme!
Moi: … (soupir de désintérêt total). Je ne me fatigue même plus à répondre aux misogynes. A la fin de l’histoire, c’est moi qui décide, donc…
« T » lui a parlé et fini par dire « Bon, je vais m’entretenir avec elle ». Il se retourne et me dit sans grande conviction (me connaissant) que les gars me proposent 10000F CFA pour réparer les hanches cassées de ma Choupinette, sa portière bloquée, sa carrosserie froissée et son phare cassé.  
« Choupi, tu es tombé* hein ! On dit tu vaux 10000! Les gens ne respectent pas les gens! »
Alors d’une voix sereine, j’ai sorti un « NON » bien ferme. (J’ai kiffé !) Ils n’ont même pas eu le temps de s’en remettre que deux agents de constat apparaissaient sur la scène du crime. Trop tard. Plus de négociations possible.

Ultime tentative: corrompre les agents avec leur billet de 10000F. Au moment où la transaction allait se faire, le premier policier qui était en boule* là, a fait irruption : « Il est en tord hein! Il a refusé de me donner ses papiers, il n’a pas le droit de rouler à cette heure-ci sur cet axe, il va récupérer son camion à la fourrière, c’est moi qui ai parlé !», toujours en tapant sur sa poitrine. Affaire était gâté en même temps.
Moi, intérieurement : PIAN*!
Le policier n’a pas digéré l’affront que lui a fait subir le chauffeur du camion une heure plus tôt. A chaque fois que le chauffeur veut ouvrir la bouche pour se défendre, le policier, à côté, répète « Il a refusé de donner ses papiers, devant Madame » en pointant le doigt sur moi. Hummm, mon frère, ça t’a fait mal ooh !
Pendant ce temps, l’un des agents, qui avait déjà saisi le billet, a laissé sa main continuer sa trajectoire sans interruption pour le fourrer dans sa poche. Ni vu ni connu, mais nous tous on a vu. Abidjan, quoi *!
Le chauffeur du camion a commencé à sciencer*.  Ca ne sentait plus bon pour lui.
Le choc
Nous voilà au beau milieu du carrefour, en train d’expliquer le scénario de l’accident. Entre mensonges et corruption, l’histoire devenait abracadabrante. Franchement, Hollywood  devrait venir chercher ses scénaristes ici! Le chauffeur voulait avoir raison, forcé* ! Et les agents ne donnaient pas l’impression de vouloir m’écouter. Je suis restée sereine car de toutes évidences, vu la position de nos véhicules, son histoire ne tenait pas debout. Au bout d’un moment les agents entreprennent de relever les mesures pour réaliser leur croquis. Voyant cela, mon tonton-policier-en-boule* qui s’était rapproché, jeta un coup d’œil au dessin et reprit sa rengaine « Il ment ! Il est venu cogner la pauvre dame, il n’a pas voulu donner ses papiers, il voulait fuir, il sait qu’il est en tord ». L’agent de constat exaspéré, déchire sa feuille « BON, BON, BON, on reprend tout !!! Qui venait d’où ?? » Et là, on a commencé à m’écouter. Tonton-en-boule*, merci !

On a fini par déplacer nos véhicules pour se rendre au commissariat pour la déposition. Je vous dis, ma Choupinette a été très courageuse de faire le trajet, malgré ses blessures.
Une fois au commissariat, le policier commence à me faire les yeux doux. « Vraiment, comme vous êtes notre Maman là, je vais vous redonner vos papiers, parce qu’il n’est pas bon que vous ne puissiez pas vous déplacer avec votre véhicule. Ca va vous immobiliser pendant quelques jours, vraiment c’est pas bien… Une femme choco* ne peut pas prendre taxi sous ce soleil là…» Blablabla. Tout ça pour que je lui glisse un billet. Moi aussi, dans mon maloya*, je lui dis  « Ah vraiment, c’est gentil à vous, vous comprenez les réelles préoccupations des gens, on se sent en sécurité avec vous les policiers… (Bref, je l’ai bien tartiné aussi). Ecoutez, je veux vous faire plaisir, mais « ça yè » dans la voiture (on ne prononce pas son nom oooh) donc permettez que j’aille chercher « ça » et puis je reviens. « Oh, non, non, il n’y a pas de problème » me répondit-il.

Arrivée dans le parking, j’ai dit à « Thé à la menthe »: Monte on va partir, tchè* ! On a mis dedans* !
Dans l’euphorie, j’oubliais que c’est ce même agent qui établirait le constat. Sans constat, pas de remboursement par l’assurance. Or, j’ai fuit sans lui donner son billet... Eh Yoyo, tu aimes créer affaire sur toi* deh* !  Me voilà dans un autre problème.

Affaire à suivre… (suivez deh!)

Légende:

* Gbakas: mini car de transport en commun
* Wôrô-wôrô : taxi communaux
* Nom de caresse : son petit nom
* Ca là non keh hein : expression qui sert à mettre l’emphase sur ce dont on est en train de parler.
* Tu es tombé: tu n’as plus de valeur
* Etre en boule: être fâché
* Pian!: bien fait!
* Abidjan, quoi!: Ca c’est Abidjan!
* Sciencer: réfléchir, remettre en question
* Forcé: à tout prix
* Choco: une personne bien mise
* Maloya: malhonnêteté
* On a mis dedans: on a prit la fuite
* Créer affaire sur soi: se créer des problèmes
* Deh et tchè sont des onomatopées pour lesquelles je cherche encore la définition précise.

5 commentaires:

Nanda SEYE a dit…

Mdrrrr ahi Yoyo donc touuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut ce que tu as fait là, attendu pendant des heures là c'est cadeau ? Je ris ohh je ris. Ca là je suis sûre que choupinette a du mal te lorgner

Yoyo La Jolie a dit…

Heee Nanda, hummm! Ils voulaient me fatiguer. Choupinette était découragée. Mais chauffeur oooh, policiers ooh, agents oooh, quoi-quoi-quoi ooh, ils ne vont pas s'en tirer aussi facilement. J'ai plus d'un tour dans mon sac! ;-)

Armie Pockpa a dit…

LOOOOOOOOOOOOL j'ai hhate de lire la suite

RitaFlower a dit…

J'ai envie de dire qu'il y a eu plus de peur que de mal.Ton humour te sort de bien des situations difficiles,Yoyo La Jolie.Soulagée que cela se termine bien pour toi et ta choupinette.Courage les gos.

Yoyo La Jolie a dit…

Bonjour Rita! Merci beaucoup! Oui, plus de peur que de mal, des émotions, du suspens, mais tout va bien. ;-)

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